Un train pas comme les autres

Un train sans roues qui glisse sur un coussin d'eau… C'est le projet révolutionnaire que Louis-Dominique Girard (1815-1871) développa durant une vingtaine d'années. Cet ingénieur hydraulicien avait choisi Rueil comme terrain d'expérimentation pour son innovation écologique qui fera encore des émules cent ans plus tard.

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Autodidacte, Louis-Dominique Girard fut surtout visionnaire. Au début des années 1850, à l’heure où la machine à vapeur à piston connaît un formidable essor et où l’on ne parle pas encore de développement durable, cet ingénieur français a l’idée de faire rouler les trains… à l’eau. Il crée des wagons sans roues ni essieux ni ressorts de suspension.

À la place, il imagine des patins s’appliquant sur de larges rails plats : le train ne roule plus mais glisse sur la voie. Une couche d’air comprimé annule les frottements entre les rails et les patins et le train est propulsé par une injection d’eau agissant sur une crémaillère rectiligne.

Louis-Dominique Girard présente son projet de chemin de fer glissant à l’Académie des sciences, sans la convaincre. Plus enthousiaste, Napoléon III l’encourage et avance personnellement les fonds nécessaires à ses recherches. L’ingénieur a aussi besoin d’espace. Rueil-Malmaison sera le théâtre de son invention.

Une voie expérimentale de 65 mètres

Le 23 août 1858, Louis-Dominique Girard acquiert plusieurs lots d’environ 1 hectare dans le nouveau hameau de la Jonchère. Dans cette propriété, qu’il étend entre 1863 et 1869, il construit son train et aménage une voie expérimentale de 65 mètres. Napoléon III et l’impératrice lui rendent visite à plusieurs reprises. Ils assistent à des essais réussis et effectuent des « voyages » sur cette voie. À la fin du Second Empire, des démonstrations ont lieu tous les dimanches. On songe même à construire ce type de chemin de fer entre Rueil et Bougival.

En 1870 hélas, la guerre franco-prussienne éclate et met un coup d’arrêt au développement de ce train. Le Gouvernement sollicite alors l’inventeur. Né en 1815 à Pertuis, dans le Vaucluse, Louis-Dominique Girard s’est fait connaître par ses études sur les turbines à eau de basse et haute chutes. Il est devenu célèbre en 1855 en concevant une installation pour la chocolaterie Menier, à Noisiel. Peu avant la guerre, en 1869, il réalisa à la demande de la ville de Paris, l’usine élévatoire de Villers-lès-Rigault pour l’alimentation du canal de l’Ourcq. Préfigurant les techniques qui seront développées ultérieurement, cet ouvrage sera classé Monument historique en 1992.

Présenté à l’Exposition universelle de 1889

Louis-Dominique Girard présente au Gouvernement plusieurs engins de défense tout droit sortis de son imagination. Aucune suite ne sera cependant donnée, la défaite de Sedan ayant entraîné la chute du Second Empire et la proclamation de la IIIe République.

Le 22 mai 1871, dix jours après la signature du traité de paix, Louis-Dominique Girard décède dans des circonstances floues et, ironie du sort, sur l’eau. Rentrant à Paris à bord du Notre-Dame, qui assure un service régulier sur la Seine, il est atteint par une balle prussienne alors que le bateau est amarré à la hauteur du pont de Chatou. Il laisse deux enfants naturels, qu’il avait reconnus, et plonge sa famille dans la misère : tout son argent était systématiquement réinvesti dans de nouvelles recherches.

Le train à propulsion hydraulique connaît néanmoins son heure de gloire lors de l’Exposition universelle de Paris en 1889, lorsque l’ancien associé et ami de Girard, l’ingénieur Barre, après avoir perfectionné l’invention, la présente sur l’esplanade des Invalides. Au siècle suivant, elle inspirera encore les ingénieurs, notamment Jean Bertin qui mit au point l’aérotrain, un train glissant sur coussin… d’air.