La procédure se déroule en plusieurs étapes de la saisine du juge au rendu de la décision prononçant l’état de carence.
Saisine du président du tribunal judiciaire
En principe, la procédure d’état de carence est engagée à l’initiative du maire de la commune où est situé l’immeuble ou du président de l’établissement public de coopération intercommunale (EPCI) compétent en matière d’habitat.
Avec leur accord, cette demande peut également être présentée par le préfet, le syndic, l’administrateur provisoire lorsqu’il a été désigné ou par des copropriétaires représentant 15 % au moins des voix du syndicat des copropriétaires.
Dans tous les cas, la demande doit être présentée devant le président du tribunal judiciaire du lieu de situation de l’immeuble.
Ils saisissent le juge pour qu’il :
Constate la situation de l’immeuble (incapacité d’assurer conservation, sécurité ou santé des occupants)
Et tienne compte des graves difficultés financières ou de gestion et de l’importance des travaux à mettre en œuvre.
Désignation d’un expert
Avant de se prononcer sur l’état de carence, le président du tribunal judiciaire désigne un ou plusieurs experts afin de réaliser une étude approfondie de la copropriété.
La mission d’expertise consiste à :
Établir la répartition des dettes par copropriétaire
Décrire la nature et l’état des parties communes
Déterminer la nature et le coût des travaux à mettre en œuvre pour garantir la santé et la sécurité des occupants.
Elle permet ainsi de constater objectivement la situation financière et matérielle de la copropriété.
Établissement du rapport d’expertise
Le ou les experts désignés doivent remettre au juge leur rapport dans un délai maximal de 3 mois, renouvelable 1 fois.
Ce rapport fait ainsi état de l’ampleur du déséquilibre financier du syndicat des copropriétaires, la répartition des dettes entre les copropriétaires, ainsi que de l’état des parties communes. Il détermine également la nature des travaux à réaliser et en estiment le coût, afin de garantir la santé et la sécurité des occupants.
En annexe de son rapport, l’expert doit aussi signaler les désordres dans les parties privatives affectant la sécurité et la santé des personnes. L’absence de cette annexe ou son contenu ne peuvent pas être invoqués pour contester la validité de la procédure ou les conclusions de l’expertise.
Attention
L’existence des graves difficultés financières ou de gestion est présumée établie lorsque les comptes du syndicat des copropriétaires (budget prévisionnel, charges, etc.) n’ont pas été communiqués à l’expert dans un délai de 2 mois à partir de la réception par le syndicat des copropriétaires d’une demande en ce sens.
Jugement prononçant l’état de carence
Au vu des conclusions de l’expertise et après avoir entendu ou appelé les parties, le président du tribunal judiciaire vérifie la régularité de la saisine et la réalité des éléments factuels (difficultés financières, état de l’immeuble, importance des travaux, risques pour la santé et la sécurité, incapacité de gestion).
Il dispose alors de 3 options :
Déclarer irrecevable la demande (c’est le cas si la demande provient d’une personne qui n’a pas qualité à agir ou si les règles de forme ou de procédure n’ont pas été respectées)
Rejeter la demande s’il considère que les conditions de l’état de carence ne sont pas justifiées
Constater le bien-fondé de la demande et déclarer l’état de carence du syndicat des copropriétaires. Dans ce cas, le juge peut désigner un administrateur provisoire pour préparer la liquidation des dettes et assurer les interventions urgentes de mise en sécurité.
Le jugement prononçant l’état de carence est :
Notifié au syndicat des copropriétaires, aux copropriétaires, l’administrateur provisoire (s’il en existe un), au maire de la commune et au président de l’EPCI
Et transmis au préfet.
Les conclusions de l’expertise sont communiquées avec la décision du juge.
À savoir
Si l’adresse d’un ou plusieurs destinataires n’est pas connue ou si ces personnes ne sont pas identifiables, la notification est faite par affichage à la mairie et sur la façade de l’immeuble.
Le syndicat des copropriétaires ou le syndic peuvent contester le prononcé de l’état de carence et la nomination éventuelle d’un administrateur provisoire dans un délai de 2 mois à compter de la notification du jugement.