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Au XIXe siècle, entre disettes, guerres et épidémies, la situation démographique en France est alarmante. L’exode rural massif causé par l’industrialisation conduit à une concentration de la population dans des villes surchargées et inadaptées, qui pose de graves problèmes sanitaires. C’est dans ce contexte que naît le mouvement dit hygiéniste, qui vise à améliorer la santé publique grâce à des mesures d’hygiène et de prévention des maladies. Impactant l’urbanisme, celui-ci met l’accent notamment sur la propreté des espaces publics et la gestion des déchets. À Rueil, qui établit tout un plan d’urbanisme vers 1840, plusieurs arrêtés sont pris en ce sens par la municipalité.
Le premier, en 1849, concerne le nettoyage autour de l’église (Saint-Pierre-Saint-Paul) afin de conserver l’édifice en bon état et de garantir le respect de l’exercice du culte. Défense de déposer des ordures près des murs et de jeter des projections sur les toits et les vitres ! La municipalité s’attaque ensuite au chemin de Saint-Cloud, l’actuelle avenue du 18-Juin-1940. Un arrêté de 1853 interdit à tous les propriétaires, cultivateurs et riverains « d’y laisser séjourner des dépôts de fumier, de boue, d’immondices ou de matières animales, qui répandent des exhalaisons infectes sur tout le parcours et de laisser passer chevaux et bestiaux de toutes espèces sur les trottoirs ». Il est décidé, peu de temps après, de balayer trois fois par semaine les rues, les places et les boulevards.
Les abords des cafés et restaurants « sont souvent tenus dans un état de malpropreté qui blesse la décence et les mœurs », indique un nouvel arrêté en 1854, constatant que « beaucoup de personnes ont contracté l’habitude de satisfaire leurs besoins le long des murs de promenade et des boulevards et (que) cette habitude est continuée sur beaucoup de points de la ville ». Aussi est-il demandé aux débitants de boisson d’établir des urinoirs et de les placer suivant les indications de la Ville. Mais cela ne suffit pas ! La mairie reçoit quantité de plaintes contre la mauvaise tenue du pays…
De nombreuses maisons publiques (cafés, théâtres, bals) et particulières n’ont, à l’époque, ni cabinets ni fosses d’aisance. Les jours de grandes réunions contribuent fortement à la malpropreté ambiante… Les propriétaires de maisons publiques sont donc sommés, en 1859, d’équiper leur établissement avec des cabinets, qui plus est séparés pour hommes et femmes.
La rue Saint-Pierre, aujourd’hui rue Hervet, pose particulièrement problème. « Elle n’est munie ni d’égouts ni d’urinoirs, ceux-ci étant remplacés par de nombreuses encoignures qui sont cause d’une malpropreté permanente, explique la mairie. La rue est dans un état d’humidité et de saleté à peu près continuel, d’où il résulte un danger sérieux pour les passants de s’engager dans cette voie. » Les logements aussi y sont insalubres. Celui de M. Blondin est cité en exemple : un simple rezde-chaussée bas et humide, très malsain, avec des fenêtres ouvrant directement sur la rue, très étroite et très sale. La cour exigüe dispose d’un trou à fumier qui la remplit presque entièrement, causant « des émanations pernicieuses ». En 1866, un emprunt est lancé pour assainir et élargir cette voie qui ne fait alors pas plus de 2 mètres de large vers la place de l’église. Mais de nombreux riverains s’y opposent, doutant de la nécessité de l’opération, refusant d’être impactés ou encore craignant de nouvelles charges. Les démarches durent et retardent les travaux, qui s’interrompent en outre à cause de la guerre de 1870 et ne reprendront véritablement que dix ans plus tard. Mais la marche vers une ville propre, salubre et agréable à vivre est lancée, associant mesures de la municipalité et évolution des comportements des habitants. Un effort collectif donc, qui perdure encore aujourd’hui !