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La réorganisation de l’administration française compte parmi les nombreuses réformes menées par l’Assemblée nationale constituante issue des États généraux de 1789. Le pays estalors divisé en 83 départements, divisés en districts, canton set communes. Pas moins de 44 000 municipalités sont créées à la place des paroisses, dirigées chacune par un maire et des conseillers élus pour deux ans. On élit également des « notables » qui sont consultés pour les affaires importantes. Les électeurs, ou « citoyens actifs », sont des hommes de plus de 25 ans, payant une contribution égale à la valeur de trois jours de travail. À Rueil, 163 votants doivent élire le maire et 7 officiers municipaux. Henry Delamanche, écuyer et avocat au Parlement, devient le premier maire de la commune en juillet 1790. Mais des mésententes à répétition entraînent, dès la fin de l’année, son remplacement par Jean-Louis Ruffin, épicier. Le fait est qu’il n’est pas facile d’établir de bonnes relations : des arrêtés municipaux sont pris sans l’accord du maire, on échange des injures… Le curé va jusqu’à alerter Versailles : « Vous devez connaître actuellement les gens de Rueil. Ils n’ont ni maire, ni officiers municipaux. C’est une vraie pétaudière ! »
Après la journée révolutionnaire du 10 août 1792 aux Tuileries – qui voit le massacre des Gardes suisses venus de la caserne de Rueil –, la nouvelle Assemblée, a « Convention », établit le suffrage universel : tout homme âgé de 21 ans peut voter, quelle que soit sa condition sociale, excepté les
domestiques. L’élection du conseil municipal de Rueil se déroule du 16 au 23 décembre 1792. Plusieurs jours sont nécessaires, les citoyens étant convoqués à des « réunions » qui se tiennent dans l’église après le travail, de 17h à 22h. Il faut élire les officiers municipaux, puis le maire – à la
majorité absolue des suffrages – et les notables. Élu premier édile de la ville, Aaron Lavoipierre prête le serment de « maintenir la liberté et l’égalité par tous les moyens qui sont en son pouvoir et de remplir ses fonctions avec zèle et intégrité ». Mais la Terreur, qui s’étend jusqu’à Rueil, impose la constitution d’un comité de surveillance de 11 membres, doté de pouvoirs de police et placé au-dessus du maire. Le culte est en outre totalement interdit. De nouveau, des plaintes remontent jusqu’à Versailles, ce qui conduit à l’ouverture d’une enquête en novembre 1794. La municipalité étant taxée d’incurie et d’incapacité, un maire est nommé d’office. Mais l’homme en question, Jean-Baptiste Lacroix, refuse, arguant d’une mauvaise santé et d’une connaissance insuffisante de l’administration. On nomme alors Bassot, qui décline également car il ne sait ni lire ni écrire. Puis Isaac Philibert Ardant est nommé… qui refuse lui aussi, au motif qu’il habite loin du centre-ville. Même réaction pour Godefroy, qui estime, en tant qu’ouvrier, ne pas avoir les talents nécessaires à la fonction.
Le 22 août 1795 est votée une nouvelle Constitution, le Directoire, qui instaure l’interdiction pour les communes de moins de 5 000 habitants, comme Rueil, de disposer d’une administration municipale. C’est le chef-lieu de canton – en l’occurrence Marly – qui devient le siège de la municipalité, formée de deux agents de chaque commune. Le 16 novembre, Rueil élit donc deux agents municipaux, dont Denis François Debourges, qui en sera ensuite maire de 1800 à 1813 Le vote se tient toujours à l’église, devenue « temple ». Avant de déposer son bulletin dans l’urne, il faut prêter le serment de « haine à la royauté et à l’anarchie et attachement à la République ». En 1799, le coup d’État du 18 Brumaire instaure un nouveau régime, le Consulat. Une nouvelle constitution est votée le 13 décembre. Le 25 mars 1800, l’administration municipale se réunit une dernière fois à Marly, avant que Rueil ne retrouve sa propre municipalité, dès le 3 décembre.