LE TRAMWAY : des retrouvailles après une longue absence

Comme le maire vient de l’annoncer, son combat pour l’arrivée du tramway à Rueil, sur l’avenue Paul‑Doumer, à l’horizon 2031, devrait être gagné ! Cette extension de la ligne T1 est dans les cartons depuis la fin des années 1990. Mais qui se souvient encore qu’un « tram » exista à Rueil bien avant, durant quasiment 80 ans ? Sans doute plus personne, puisque le tramway disparut du paysage ruellois il y a 90 ans…

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Tout commença avec la ligne Paris – Saint-Germain, premier chemin de fer français pour voyageurs. Inaugurée en 1837, elle avait son ter- minus au Pecq et passait au large de Rueil, sans s’y arrêter. Il faudra attendre 1844 pour que notre ville ait sa propre gare, à l’emplacement de l’actuelle. Un service de voitures à cheval fut alors mis en place pour la relier au centre-ville, par une route à travers les vergers. Pour améliorer cette liaison et la prolonger jusqu’à Bougival et Port-Marly, le vicomte de Mazenod acheta une concession pour exploiter un tramway à traction hippomobile, appelé le « chemin de fer américain » (lire encadré). Cette ligne fonctionna durant près de 20 ans, malgré les nombreuses critiques sur son inconfort, son irrégularité et ses déraillements fréquents. Depuis la gare, cette première ligne rejoignait le centre-ville par la rue du Chemin-de-fer, l’actuelle rue Albert-1er. Elle continuait son tracé par l’actuelle avenue Paul-Doumer.

DES LOCOMOTIVES SANS FOYER

Pendant la guerre de 1870-71, les chevaux furent réquisitionnés par l’armée et le trafic cessa. Il reprit en 1872 mais son nouveau propriétaire, M. Tarbé des Sablons, décida de transformer la ligne en tramway à traction mécanique. L’ancien tracé depuis la gare, aux voies trop dégradées, fut abandonné au profit d’un nouvel itinéraire par les actuelles rues Victor-Hugo et d’Estienne-d’Orves. Le reste du trajet demeura inchangé. Les chevaux cédèrent la place à des locomotives à vapeur classiques puis à des locomotives Francq sans foyer. Leur originalité était de ne pas utiliser de charbon à bord : à la station de départ, leur réservoir était chargé de vapeur sous pression et elles partaient avec suffisamment d’énergie accumulée pour atteindre leur terminus. Ce système avait, certes, l’avantage de limiter les effets incommodants de la fumée du charbon, mais il était surtout plus économique : un conducteur unique et des locomotives moins coûteuses. Montrant cependant leurs limites en termes d’autonomie lors du prolongement des lignes vers Paris et Saint-Germain, elles furent remplacées par des locomotives à vapeur classiques, adaptées au tramway.

DISPARITION AU PROFIT DES AUTOBUS

L’électrification de ces lignes vers 1910 mit fin à la traction vapeur et à ses nombreux inconvénients : la fumée et la vapeur, le stockage et la manipulation du charbon etde l’eau, un entretien délicat, des machinistes trop spécialisés, le bruit et l’odeur. Après plusieurs décennies de service, ces lignes cessèrent de fonctionner en 1935, à l’instar de la quasi-totalité des tramways d’Île-de-France, qui disparurent à la même époque au profit des autobus et autocars jugés plus modernes. À l’âge d’or du tramway, vers 1918, deux lignes traversaient Rueil :

–  De l’Étoile à Saint-Germain en passant par Porte Maillot, Nanterre, Rueil-centre, Bougival, Port-Marly, avec un petit embranchement vers Marly-le-Roi.

–  De Rueil-centre à Saint-Germain en passant par la gare de Rueil, Chatou et Le Vésinet.

Sans oublier une troisième petite ligne, qui montait de Suresnes Val-d’Or jusqu’au quartier de l’Arsenal (au niveau de l’actuelle complexe omnisports Alain-Mimoun). À l’origine dédiée au transport de marchandises, elle fut ensuite raccordée à la ligne de tramway Porte Maillot – Saint-Cloud et permit ainsi aux ouvriers et employés de l’arsenal de rejoindre leur lieu de travail.

UN « CHEMIN DE FER AMÉRICAIN » BIEN FRANÇAIS !
Vers 1832 furent mis en service, aux États-Unis, les premiers tramways à cheval sur des voies ferrées classiques. Mais les rails de
celles-ci gênaient ou empêchaient le passage des autres véhicules. Pour éliminer cet inconvénient majeur, un Français émigré outre-
Atlantique, Alphonse Loubat, inventa le rail à gorge encastré dansla chaussée, tel que nous le connaissons aujourd’hui. Après l’avoir
expérimenté sur place, il retourna en France pour l’exploiter chez nous. La ligne de Rueil fut la première, en 1855, à bénéficier de cet ancêtre du tramway moderne, nommé le « chemin de fer américain ».