Le Prince Murat et Rueil : de l’amour au désamour

Au milieu du XIXe siècle, le petit fils de Murat, ancien maréchal d’Empire fait roi de Naples, s’installe à Rueil. Il s’implique dans la vie municipale et noue une relation cordiale avec le maire de l’époque. Mais rapidement, les relations se dégradent. Pour quelles raisons le prince Murat en est-il venu à quitter la commune ?

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Au début, tout va bien. En 1850, le prince Lucien Napoléon Charles Murat, descendant du maréchal et grand amiral d’Empire Murat, devenu roi de Naples en 1808, achète le château de Buzenval. Ses relations avec Rueil sont alors excellentes. Élu triomphalement au conseil municipal, il reçoit volontiers chez lui les membres de la municipalité, notamment le maire Adrien Cramail. En mars 1852, le premier édile est invité à une réception au château pour la venue du prince-président. Il profite de l’occasion pour faire connaître à Louis-Napoléon Bonaparte l’état déplorable de l’église de Rueil, qui renferme les tombeaux de sa mère, la reine Hortense et de sa grand-mère, l’impératrice Joséphine. Le soutien et l’aide financière du futur empereur Napoléon III permettront à la Ville d’engager les travaux de restauration nécessaires. Profitant à nouveau des relations privilégiées du prince Murat, le maire lui écrit quelque temps après pour lui demander d’appuyer auprès du ministre sa demande visant à obtenir un gendarme de plus pour la commune.

PREMIER GRIEF: L’INSÉCURITÉ

Le prince est de plus en plus souvent absent aux réunions du conseil municipal. En 1856, il obtient tout juste le nombre de voix nécessaire pour y être
encore élu. Mais il s’est aussi présenté à Trouville et choisit d’y être conseiller municipal. Le prince Murat a un premier grief contre Rueil : l’insécurité causée par les paysans qui, pendant qu’ils travaillent dans les champs, laissent leurs chevaux dételés, simplement attachés par une longe à leurs charrettes. Sur la route de l’Empereur, ainsi encombrée, les accidents deviennent fréquents. Un jour, le fils du prince Murat, menant une petite voiture très basse, a failli être atteint d’un coup de pied de cheval qui a rué au moment où il passait. En 1856, c’est son épouse qui manque d’être blessée. Le 13 septembre, le prince écrit donc au maire : « Hier, vers 6 heures le soir, ma femme revenait au château avec trois dames, dans une voiture attelée à quatre chevaux. Elle se trouvait sur la route de l’Empereur. Une charrette se trouvait sur le côté et le cheval attaché à la roue de la charrette était placé en travers de la route. De l’autre côté, des paysans avaient déposé des sacs de haricots, de façon que la route était complètement interceptée. » La suite ? Les chevaux se jettent sur la voiture, la volée est cassée et un cheval blessé. « C’est un miracle, poursuit le prince, s’il n’est pas arrivé de plus grands accidents ! Je parcours une infinité de routes avec une voiture et je déclare qu’il n’y a que sur la commune de Rueil que je rencontre si
peu de surveillance ! »

UN NOUVEL OCTROI À RUEIL

Le prince termine en demandant que les routes ne soient pas encombrées par les cultivateurs et qu’elles soient surveillées. Le 19 septembre, le maire écrit à son tour au préfet, l’assurant qu’une proclamation publique a été faite pour interdire le stationnement des chevaux et des voitures sur la
route départementale 19 et que le garde champêtre a été chargé de mieux surveiller. Le temps semble alors à l’apaisement quand, en 1858, la municipalité décide d’instaurer un octroi à Rueil « pour solder le passé, faire face aux nécessités présentes, parer aux éventualités à venir et offrir quelques ressources pour les améliorations dont la ville a tant besoin ». Le prince Murat, qui accepte mal les taxes qu’il doit ainsi payer pour le matériel et les denrées destinés à son château, en fait un nouveau sujet de plainte. Pour marquer son mécontentement, il s’opposera durant longtemps au vœu du conseil municipal demandant au préfet, dès 1857, la Légion d’honneur pour le maire. Adrien Cramail sera tout de même décoré en1864. La relation du prince Murat avec Rueil est bel et bien consommée. En 1868, il vend son château et quitte définitivement Buzenval pour Trouville.