La grande serre de la Malmaison : entre paradis végétal et prouesse technologique

L’impératrice Joséphine a façonné le château de Malmaison (dont la façade vient tout juste d’être restaurée après quatre années de travaux) suivant son goût exquis et expert pour les végétaux rares, faisant bâtir notamment une grande serre chaude pour ses plantes exotiques. Cet espace quasi entièrement vitré et unique en son genre inspirera d’autres édifices avant d’être
démoli en 1827, après le décès du prince Eugène, héritier du domaine.

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Après son divorce en 1809, l’impératrice Joséphine se réfugie au architectes Percier et Fontaine avaient pris en charge la rénovation du domaine dès son acquisition en 1799. Mais Joséphine, regret-tant leur goût pour des jardins trop classiques et désireuse d’un espace naturel, voire sauvage, sollicite le paysagiste Jean-Marie Morel. Celui qui est alors connu comme le patriarche des jardins à l’anglaise pose les bases du futur parc de la Malmaison : construction d’un chalet suisse, d’une vacherie accompagnée d’une laiterie et, surtout, d’une grande serre chaude pour accueillir les plantes exotiques.

DES ARBRES JUSQU’À 5 MÈTRES DE HAUT

Achevé en 1805 et accolé à celui qui est aujourd’hui le château de la Petite Malmaison, l’édifice de près de 50 mètres de long et 6,5 mètres de large, qui peut accueillir des arbres jusqu’à 5 mètres de haut, est flanqué à ses deux extrémités d’une rotonde semi-circulaire de 3,10 mètres de rayon, chacune ornée de statues en marbre copiées des antiques Vénus de Médicis et Aphrodite aux belles fesses. Des châssis vitrés à cadres de bois font office de murs et de toit. Chauffée par douze grands poêles à charbon installés dans les caves, cette grande serre est accessible par trois portes. Passé quelques marches, elle offre un hall signalé par une fontaine décorée d’un satyre, immergée dans un espace végétalisé.

Joséphine y déploie toute sa passion botanique, tournée vers les végétaux rares et exotiques. Ceux-ci, à sa demande, affluent vers Malmaison grâce aux naturalistes comme Aimé Bonpland mais aussi aux diplomates et autres courtisans qui, voyageant dans des contrées lointaines, lui rapportent par exemple l’hortensia, le camélia, l’hibiscus, la rose de Damiette ou encore la pivoine arbustive, acclimatés aujourd’hui à nos latitudes. Le caractère enchanteur de la visite de la serre laisse un souvenir ému aux visiteurs.

De tous côtés, des fleurs merveilleuses charment le promeneur : le clérodendron fragrans avec ses grandes hampes et son parfum d’oranges amères, la Calla aethiopica éblouissante, le Jucca gloriosa qui ressemble au palmier…

écrit ainsi le baron Von Uklanski en 1809.

UNE NOTORIÉTÉ DANS L’EUROPE ENTIÈRE

Sollicité par l’impératrice, l’académicien Pierre-Étienne Ventenat, en collaboration avec l’aquarelliste Pierre-Joseph Redouté (lire page 4), produit 120 planches d’illustrations précises et commentées scientifiquement de ces végétaux inconnus qui ne tardent pas à investir les jardins des élites. Cet ouvrage contribue à la notoriété du parc dans l’Europe entière, la grande serre jouant un rôle central. À juste titre car elle surpassait la serre du jardin des Plantes à Paris, construite en 1796, non par ses dimensions mais pour l’utilisation optimisée du verre sur une surface aussi importante. On peut dès lors considérer que la grande serre chaude de Joséphine préfigure les grandes serres botaniques qui seront érigées au XIXe siècle.

À cette époque, l’utilisation de la vitre devient massive dans les ouvrages d’art comme chez les particuliers, grâce à l’abolition des taxes sur le verre. Le travail du fer et de la fonte permet en outre d’ériger des structures légères et résistantes, à la source d’innovations architecturales remarquables. Aux côtés des grandes serres publiques comme le Jardin d’hiver sur les Champs-Élysées à Paris (1846), d’autres édifices vitrés marqueront leur époque, comme le Crystal Palace à Londres (première exposition universelle en 1851), qui servent alors non seulement de serres mais aussi de palais des congrès.