Eugénie : de l’enfant à l’impératrice

Née en Espagne en 1826, lors d'un tremblement de terre, Eugénie de Montijo a passé la majeure partie de son enfance en France, fréquentant les salons de la capitale. Belle et cultivée, c'est là qu'elle rencontre Louis-Napoléon qui, devenu empereur, la prendra pour épouse. Retour sur le destin singulier d'une jeune femme de son époque.

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Le 5 mai 1826, la terre tremble à Grenade. Au numéro 12 de la calle de Gracia, la panique pousse la comtesse Manuela, enceinte, à se réfugier sous une tente dressée à la hâte dans le jardin. La vive émotion provoquée par le séisme déclenche l’accouchement prématuré de sa seconde fille, Maria Eugénia Agustina de Palafox-Portocarrero de Guzman y Kirkpatrick.


Le père d’Eugénie, don Cipriano Guzman y Portocarrero, comte de Teba, est issu de la haute noblesse espagnole. Fervent napoléonien, il a combattu en tant que colonel sous le règne de Joseph Bonaparte, le frère ainé de Napoléon le qui l’avait placé sur le trône d’Espagne. Don Cipriano a également participé à la défense de Paris en 1814. Cette fidélité lui vaut la prison: il est détenu depuis cinq ans quand Eugénie vient au monde. Il sera aussi absent à son baptême.


Mi-écossaise mi-wallonne, la mère d’Eugénie, Maria Manuela de Kirk-patrick, est née en Espagne et est la fille d’un riche négociant en vins et consul des Etats-Unis à Malaga. C’est dans cette ville que se rencontrent Manuela et Don Cipriano, âgé de 17 ans de plus qu’elle, et qu’ils se marient le 15 décembre 1817. Belle, intelligente et cultivée, la jeune épouse, connue sous le nom de « comtesse de Montijo », tient salon et accueille notamment Prosper Mérimée, qui séjourne en Espagne et deviendra un proche.

LE CULTE NAPOLÉONIEN

En 1834, don Cipriano devient le « chef de famille » et prend le titre de Ville comte de Montijo, ce qui lui donne l’autorisation de résider à Madrid. Il sera même nommé au Sénat en 1838. Mais la ville est alors en proie a la guerre civile et au choléra. Don Cipriano envoie sa femme et ses filles en France, où elles s’établissent à Paris en 1834, au 37 rue de la Ville-l’Evêque (8° arrondissement). Les deux sœurs sont élevées dans le culte napoléonien.

Comme traditionnellement dans la noblesse, Eugénie et sa sœur aînée Francisca, dite « Paca », sont placées au couvent du Sacré-Cour, rue de Varenne, en septembre 1835. La future impératrice developpe ses connaissances et sa culture en fréquentant le salon de sa mère, où elle retrouve Mérimée et son ami Henri Beyle, alias Stendhal. Elle côtoie alors orléanistes, légitimistes, libéraux et bonapartistes. Accaparé par son siège au Sénat en Espagne, le comte de Montijo n’a que peu l’occasion de rejoindre sa famille à Paris. Paca et Eugénie doivent cependant quitter le couvent du Sacré-Cœur en raison des relations bruyantes de leur mère, qui décide alors de s’installer en Angleterre. Ses filles y poursuivent leur scolarité avant de rentrer en France, où Eugénie perfectionne son français, notamment auprès de Mérimée.

UNE LETTRE DE L’ÉLYSÉE

Don Cipriano décède en 1839 et cinq ans plus tard, Paca épouse le duc d’Albe – dont Eugénie était secrètement éprise. La jeune fille vit des lors seule avec sa mère, dans un environnement mondain et intellec-tuel. Sa beauté et son élégance attirent de plus en plus les regards.

Dans les salons, le nom de mademoiselle de Montijo est sur toutes les lèvres… Louis-Napoléon, devenu prince-président de la République, aperçoit pour la première fois chez sa cousine, la princesse Mathilde, la belle Eugénie, qui lui est présentée. À partir de ce jour, la mère et la fille sont invitées à toutes les réceptions présidentielles ainsi qu’aux bals de l’Elysée.

Le Second Empire est proclamé le 2 décembre 1852 et l’empereur songe à se marier. ll sollicite plusieurs princesses européennes et essuie autant de refus. De leur côté, la comtesse de Montijo et sa fille se préparent à partir pour l’Italie, début janvier 1853, lorsqu’elles reçoivent une lettre officielle de l’Élysée : l’Empereur demande Eugénie en mariage ! L’union est annoncée le 22 janvier. Une semaine plus tard, le 29 janvier, a lieu le mariage civil, suivi le lendemain d’un mariage religieux grandiose. Le début d’un nouveau chapitre de la vie d’Eugénie, au cœur de l’Histoire.